Le 25 juin 2008, nous avons joué "Atsumori" une deuxième fois à l'occasion du Festival Musique dans la Rue. Bien sûr, comme vous le savez si vous suivez nos aventures, nous n'avons pas eu les moyens de mettre en place la structure que nous voulions faire pour mettre en valeur ce Théâtre Nô, le seul hors du Japon. Mais nous nous sommes battus. Et ce que nous n'avons pas eu avec des sous, nous l'avons eu grâce au courage, à la confiance, à la foi et la mâturité de ceux qui nous accompagnent. Ensemble, nous avons bâti autour de ce théâtre, un écrin fait de bric et de broc, mais avec tellement de soin et d'attention que le résultat en était saisissant. Le public ne s'y est pas trompé, puisqu'il est venu 300 personnes. Ce que j'amais le Théâtre Nô d'Aix en Provence n'avait vu. Et moi je n'avais jamais vu le Théâtre Nô d'Aix en Provence comme ça. Un vrai grand et beau moment de vie.
Se réveiller, épuisé...
Le ciel n'a pas bougé, l'air semble porter le même regard qu'hier et pourtant...
Pourtant, accompagné d'une dizaine d'hommes et de femmes, Je viens de remporter ma plus belle bataille !
Pourtant, j'ai vu les visage de mes paires lavés par la fatigue et le soleil brûlant sur leur dos. Pas un n'a fléchi, pas un n'a abandonné. Pas un ! Sur le champ de cette ultime bataille, avec tout leur courage, toute leurs forces, leur générosité, ils se sont donnés jusqu'au delà. Si beaux, si grands. Des messagers de l'Homme... de l'Homme qu'on ne voit plus!
Merci Marc, merci.
Merci Fred, merci.
Merci Manu, merci.
Merci mes acolytes, Killian et Stéphane, merci.
Et toi mon amour, ma douleur, merci.
Et vous, mes amis et partenaires de scène, merci.
Ensemble, nous avons réalisé ce que souvent plus personne n'ose. Avoir la folie d'y croire et se donner les moyens de le partager. Sans rien attendre en retour que le partage !
26 juin 2008
Vivre...
06 juin 2008
Et voilà qu'Ozu...
Vendredi...
et pas une seconde avant ce jour pour venir vous trouver !
La fin du stage s'enchaîne avec une aventure passionnante, la création d'une bande son jouée en direct sur le film : "Histoire d'Herbes Flottantes" de Yasujiro Ozu.
Nous avons cinq jours pour finaliser cet instant de cinéma.
Avec Marc et Gilles -installés dans le salon qui devient, pendant cette courte période, un studio de création où l'on peine à circuler parmi les instruments de toute sorte : piano, saz, violon, guitare et son lot de pédales, xylophone, percussions, psaltérion, etc. Avec le lot d'amplis, les câbles qui serpentent dans cette pièce plutôt grande, au demeurant, les fenêtres calfeutrées par des couvertures et le rétro-projecteur qui souffle à nos oreilles toute la journée- nous découvrons ce film à chaque cession, un peu plus. Comme un partenaire de scène. Et quel partenaire !
C'est drôle comme le film, cet objet devient au fil des heures un être, presque vivant. Comme s'il profitait de notre attention et de notre attitude pour nous révéler des choses qu'il garde pour lui, dessous.
Les acteurs prennent du relief, les personnages de la chair et nous vibrons tous les trois en les accompagnant. Instants de vie de ces gens du voyage, de ces saltimbanques qui nous ressemblent. Si émouvants dans leur abord, si singuliers aussi. Rose s'endort sur le canapé, c'est l'histoire que son papa ne pourra pas lui raconter ce soir, parce que ce soir il est au Japon, dans les années trente et qu'il ne pourra pas revenir. On fait des pauses. On sort fumer des cigarettes, le film imprimé sur la rétine. On ne parle pas beaucoup. On écoute. Je porte Rose jusqu'à son lit..."je reviendrai bientôt mon amour..."
Et puis, c'est Jeudi. On se lève aux aurores. On défait notre studio pour l'emmener à l'Institut de l'Image d'Aix en Provence. Moi, je file retrouver Xavier, le régisseur son, au local d'Aix en Musique, pour charger avec lui le matériel qui nous permettra de retranscrire le salon dans cette salle Armand Lumel de la Méjane à Aix. On s'installe. Face à l'écran, en arc de cercle. On déplie notre matériel. Ce soir, sur cet écran vide, l'histoire de ces Herbes Flottantes se jouera une nouvelle fois.
J'ai peur. Je ne suis pas musicien. Je suis juste un homme de théâtre qui voudrait pouvoir transmettre ce que le film m'a offert pendant ces journées. Juste montrer au gens la chair de ces êtres, si sensible ! Et ne pas rater ce rendez-vous avec eux. Je pense au petit garçon, au chef de troupe, à ses femmes et son fils. Se centrer, se concentrer pour leur laisser la place de traverser les cent spectateurs qui seront là ce soir.
Il est vingt heures, nous descendons des loges. Habillés de Hakamas noirs, nous longeons les gradins pour nous mettre en place devant le film. Nous sommes les samuraï des temps modernes, prêts à mourir pour la justesse d'un geste... Nous nous installons, nos regards se croisent une dernière fois. La salle plonge dans le noir et tous les trois nous plongeons avec eux.
Je crois que nous avons réussi. La salle est muette, accrochée aux visages qu'Ozu sait si bien filmer. Et nous sommes ailleurs, avec eux, ensemble. Une parenthèse ! Un instant se suspension ! Une expérience avec tout ce que ce mot garde en lui pour ceux qui savent s'y risquer, humblement.
Aujourd'hui, c'est Vendredi. Marc et Gilles sont partis tôt ce matin. Moi, j'ai dormi. Il est 15h maintenant et je n'arrive pas à sortir de là. Je repense à ces hommes et ces femmes qui sont sur cette pellicule et avec qui j'ai fait un voyage qui restera inscrit pendant encore longtemps sur la face interne de ma rétine.
Merci à toi Yasujiro !
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et pas une seconde avant ce jour pour venir vous trouver !
La fin du stage s'enchaîne avec une aventure passionnante, la création d'une bande son jouée en direct sur le film : "Histoire d'Herbes Flottantes" de Yasujiro Ozu.
Nous avons cinq jours pour finaliser cet instant de cinéma.
Avec Marc et Gilles -installés dans le salon qui devient, pendant cette courte période, un studio de création où l'on peine à circuler parmi les instruments de toute sorte : piano, saz, violon, guitare et son lot de pédales, xylophone, percussions, psaltérion, etc. Avec le lot d'amplis, les câbles qui serpentent dans cette pièce plutôt grande, au demeurant, les fenêtres calfeutrées par des couvertures et le rétro-projecteur qui souffle à nos oreilles toute la journée- nous découvrons ce film à chaque cession, un peu plus. Comme un partenaire de scène. Et quel partenaire !
C'est drôle comme le film, cet objet devient au fil des heures un être, presque vivant. Comme s'il profitait de notre attention et de notre attitude pour nous révéler des choses qu'il garde pour lui, dessous.
Les acteurs prennent du relief, les personnages de la chair et nous vibrons tous les trois en les accompagnant. Instants de vie de ces gens du voyage, de ces saltimbanques qui nous ressemblent. Si émouvants dans leur abord, si singuliers aussi. Rose s'endort sur le canapé, c'est l'histoire que son papa ne pourra pas lui raconter ce soir, parce que ce soir il est au Japon, dans les années trente et qu'il ne pourra pas revenir. On fait des pauses. On sort fumer des cigarettes, le film imprimé sur la rétine. On ne parle pas beaucoup. On écoute. Je porte Rose jusqu'à son lit..."je reviendrai bientôt mon amour..."
Et puis, c'est Jeudi. On se lève aux aurores. On défait notre studio pour l'emmener à l'Institut de l'Image d'Aix en Provence. Moi, je file retrouver Xavier, le régisseur son, au local d'Aix en Musique, pour charger avec lui le matériel qui nous permettra de retranscrire le salon dans cette salle Armand Lumel de la Méjane à Aix. On s'installe. Face à l'écran, en arc de cercle. On déplie notre matériel. Ce soir, sur cet écran vide, l'histoire de ces Herbes Flottantes se jouera une nouvelle fois.
J'ai peur. Je ne suis pas musicien. Je suis juste un homme de théâtre qui voudrait pouvoir transmettre ce que le film m'a offert pendant ces journées. Juste montrer au gens la chair de ces êtres, si sensible ! Et ne pas rater ce rendez-vous avec eux. Je pense au petit garçon, au chef de troupe, à ses femmes et son fils. Se centrer, se concentrer pour leur laisser la place de traverser les cent spectateurs qui seront là ce soir.
Il est vingt heures, nous descendons des loges. Habillés de Hakamas noirs, nous longeons les gradins pour nous mettre en place devant le film. Nous sommes les samuraï des temps modernes, prêts à mourir pour la justesse d'un geste... Nous nous installons, nos regards se croisent une dernière fois. La salle plonge dans le noir et tous les trois nous plongeons avec eux.
Je crois que nous avons réussi. La salle est muette, accrochée aux visages qu'Ozu sait si bien filmer. Et nous sommes ailleurs, avec eux, ensemble. Une parenthèse ! Un instant se suspension ! Une expérience avec tout ce que ce mot garde en lui pour ceux qui savent s'y risquer, humblement.
Aujourd'hui, c'est Vendredi. Marc et Gilles sont partis tôt ce matin. Moi, j'ai dormi. Il est 15h maintenant et je n'arrive pas à sortir de là. Je repense à ces hommes et ces femmes qui sont sur cette pellicule et avec qui j'ai fait un voyage qui restera inscrit pendant encore longtemps sur la face interne de ma rétine.
Merci à toi Yasujiro !
31 mai 2008
fin de stage...
Ca y est, le stage avec les enseignants est fini.
Trois journées de six heures pour essayer de donner à ressentir ce que des formes très strictes comme le Nô peuvent offrir comme appuis à ces hommes et ces femmes qui accompagnent leurs élèves et voudraient les aider à devenir des Hommes. Mission difficile s'il en est ! Et en même temps, mission capitale. Parce qu'en leurs mains à tous passent ceux qui décideront du monde de demain et qu'ils ont à se confronter à des dérives de plus en plus lourdes et meurtrières. Souvent face au mépris et à l'ignorance de ceux qui les entourent.
Gens de la télévision, gens des médias, tueurs nés, tueurs en série ! Comment pouvez-vous continuer tous les jours à souiller les pages d'aujourd'hui et de demain ? Comment pouvez-vous ne pas vous rendre compte des dégâts que vous faites ? Irrémédiables dégâts ! Et comment se fait-il qu'il n'y ait pas de gardes fous plus puissants pour vous faire face ! Un jeune qui veut devenir médecin va travailler plus de dix ans pour y parvenir et avoir le droit d'approcher un être humain et ici, on vous ouvre les portes comme cela ! Sur votre belle figure ! Et plus vous êtes dangereux, et plus vous êtes irresponsable, et plus la place vous est ouverte, alors que chacune de vos paroles touche un million d'êtres... y laissant des traces à tout jamais !
Le temps a perdu son fil. On construit pour l'immédiat, mais on oublie que notre temps n'est qu'un temps de passage et que ce que nous mettons en place résonnera bien plus loin que le corps ne pourra jamais nous porter. L'immédiat refuse la pensée, refuse la construction, la réflexion, l'intelligence et nous lui vouons un culte ?
Heureusement, d'autres sont là ! Ces hommes et ces femmes qui, tous les jours, accueillent vos enfants et font face. A la destruction massive dont nous sommes tous coupables ! Et c'était un vrai bonheur de les voir là, plonger dans cet univers si singulier avec tout leur courage pour découvrir ces nouveaux outils à guérir les plaies purulentes que ce monde vitesse ne prend pas le temps de panser.
Trois jours et de belles rencontres. Avec un temps devenu autre, précieux et délicat. Un peu de mon parcours et de mon chemin de bataille donné à d'autres yeux, à d'autres coeurs qui en feront de nouvelles choses, de nouveaux gestes, de nouveaux codes. Un moment de partage intense et rigoureux. Et d'espoir... oui d'espoir !
Merci à vous 15 et à toi Christophe qui a rendu cet instant possible. Je m'en vais, plus fort et plus serein, affronter les tempêtes qui se préparent.
Plus fort et plus serein.
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25 mai 2008
Réveil tardif...
Tourner la page encore vibrante de ce mois écoulé au côté d'Atsumori et retrouver l'énergie de faire un nouveau pas, une nouvelle rencontre.
Mardi, j'attaque un stage avec des enseignants sur le théâtre Nô, en tout cas, sur ce qui, à mon sens, dans le théâtre Nô, peut être utile dans la formation de jeunes acteurs. A savoir une forme rigoureuse, une poétique qui fait décoller de nos problématiques pour mieux y revenir, un pas de côté qui permet la résonance et le questionnement. Un beau programme...
Du coup, il faut que je prépare ce moment de trois jours pour leur donner suffisamment de pistes, qu'ils puissent emmener leurs élèves vers ces horizons oubliés.
De quoi interroger mes approches et chercher les mots qui manquent à ce puzzle géant.
C'est toujours bon de se confronter à la transmission passive après l'active. Enfin, je crois...
Nous verrons bien !
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Mardi, j'attaque un stage avec des enseignants sur le théâtre Nô, en tout cas, sur ce qui, à mon sens, dans le théâtre Nô, peut être utile dans la formation de jeunes acteurs. A savoir une forme rigoureuse, une poétique qui fait décoller de nos problématiques pour mieux y revenir, un pas de côté qui permet la résonance et le questionnement. Un beau programme...
Du coup, il faut que je prépare ce moment de trois jours pour leur donner suffisamment de pistes, qu'ils puissent emmener leurs élèves vers ces horizons oubliés.
De quoi interroger mes approches et chercher les mots qui manquent à ce puzzle géant.
C'est toujours bon de se confronter à la transmission passive après l'active. Enfin, je crois...
Nous verrons bien !
24 mai 2008
Venez m'en parler !
Ep ! S'il vous plaît...
Si jamais vous passez par là et que vous avez vu Atsumori...
Dites m'en quelques mots, laissez m'en quelques signes.
J'en ai besoin.
un samedi sur la terre
3 jours se sont passés depuis la représentation...
3 jours où le silence est revenu aussi vite qu'il avait disparu.
Où sont Marc, Gilles, Jean-Charles en ce moment... et Pipok !
Les costumes ont retrouvé leur portant, les maquillages leur valise et le texte, l'étagère sur laquelle il a dormi dix ans avant de devenir l'objet de tous nos soins, de tous nos regards, de tous nos rêves...
Je me sens comme eux... Exactement !
23 mai 2008
l'après
Et voilà...
Voilà que ce nouveau moment s'est inscrit là où il pouvait s'inscrire.
Les journées de répétitions auront été intenses, les questions aussi. Qui jouera Atsumori ? Comment traiterons-nous ce texte venu de six cents ans en arrière ?
Nous avons fait les choix. Et c'est ainsi qu'Atsumori est né ce mercredi 21 mai à 19 heures sur le Butaï d'Aix en Provence.
J'aurais voulu vous tenir informés. Au jour le jour. Des évolutions, des questions, des choix faits... mais l'action, dans ces instants, prend toute la place et les moments de pause se passent les yeux tournés vers le ciel.
Aujourd'hui, j'ai à peine l'énergie de passer du canapé au fauteuil et du fauteuil au canapé. Épuisé, littéralement. Parce qu'inscrire coûte toujours et qu'une fois le moment passé, il semble que tout va s'éteindre à tout jamais.
Je disais dans un mail aujourd'hui qu'Atsumori a encore du chemin à faire. Sur la partie de l'esprit, en particulier.
"Je pense que le spectacle a encore des rendez-vous à trouver pour réussir ce pari d'emporter les gens bien loin d'ici mais si proche de leur secret. Il y a sur le fil de ce chant encore quelques ruptures qui rendent le son parfois difficile à entendre et le lieu bien que magnifique n'arrange pas les choses.
J'ai hâte de le jouer dans un théâtre avec le butaï (la scène) juste signifiée au sol par un trait blanc et les costumes épurés au maximum comme nous l'avons fait avec le choix de la musique. Ca viendra, j'en suis sûr."
"Je pense que le spectacle a encore des rendez-vous à trouver pour réussir ce pari d'emporter les gens bien loin d'ici mais si proche de leur secret. Il y a sur le fil de ce chant encore quelques ruptures qui rendent le son parfois difficile à entendre et le lieu bien que magnifique n'arrange pas les choses.
J'ai hâte de le jouer dans un théâtre avec le butaï (la scène) juste signifiée au sol par un trait blanc et les costumes épurés au maximum comme nous l'avons fait avec le choix de la musique. Ca viendra, j'en suis sûr."
J'ai hâte d'y retourner. De retrouver ces nouveaux amis de coeur qui ont su avec moi faire le pari de se mettre au service d'une langue si distante et si pure, sans mettre en avant l'égo meurtrier.
J'ai hâte.
Mais aujourd'hui, je voudrais fermer les yeux et ne plus les rouvrir. Me laisser porter sur les flots sans question, sans espoir. Parce que porter ce genre de rêves coûte bien plus que les mots ne pourront jamais le dire et qu'une fois le rideau baissé, on se retrouve toujours un peu plus seul. Un peu plus dramatiquement seul !
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19 mai 2008
08 mai 2008
semaine 2...
La journée d'hier aura été bien remplie...
Passage par Aix en Musique pour essayer de pondre un texte pour le programme. Et moi balbutiant... les mots semblant ne jamais pouvoir dire ce que mon corps a traversé pendant ces dix jours de travail. Je pense à Jean qui me reproche sans arrêt de ne pas savoir parler de ce que je fais. Il a raison. Mais aurais-je besoin de mettre ces mots en volume et en chair, si je savais faire autrement...
Après, je suis allé retrouver Olivier Personnic de la Maison du Japon en Méditerranée pour signer avec lui la convention de coproduction. Un sacré bonhomme celui-là ! Affairé de l'aube à l'aube. Et en même temps, tellement consciencieux ! Il est 22h00 quand je le quitte... je n'aurais encore pas vu Rose aujourd'hui.
Quand je rentre, elles sont là dans la cuisine et mangent. Rose m'a attendu. C'est la journée avec son papa, sa journée de "fête" normalement ! Mais papa est parti et elle le sait bien. Je vois bien qu'elle sait. Parfois quand j'ouvre les yeux cinq minutes, je m'aperçois comme elle grandit. Comme si j'avais été absent longtemps... alors que je suis là. Juste à côté.
Aujourd'hui, nous avons rendez-vous avec Serge Puech pour le Kimono de papier, puis cet après-midi, nous retraverserons le retour de l'Esprit, ce moment où Atsumori revient pleurer la douleur d'avoir été emporté avant d'avoir pu agir. Juste avant !
Vos mots me manquent... je sais que vous passez. Que certains prennent le temps de lire. Que d'autres me survolent. Mais j'aimerai sentir que vous êtes là. Entendre vos commentaires, vos impressions. Savoir que ce que je construis là n'est pas seulement pour moi, mais résonne au loin.
Allez ! Bonne journée à vous et peut-être à ce soir ou demain... who know's !
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Passage par Aix en Musique pour essayer de pondre un texte pour le programme. Et moi balbutiant... les mots semblant ne jamais pouvoir dire ce que mon corps a traversé pendant ces dix jours de travail. Je pense à Jean qui me reproche sans arrêt de ne pas savoir parler de ce que je fais. Il a raison. Mais aurais-je besoin de mettre ces mots en volume et en chair, si je savais faire autrement...
Après, je suis allé retrouver Olivier Personnic de la Maison du Japon en Méditerranée pour signer avec lui la convention de coproduction. Un sacré bonhomme celui-là ! Affairé de l'aube à l'aube. Et en même temps, tellement consciencieux ! Il est 22h00 quand je le quitte... je n'aurais encore pas vu Rose aujourd'hui.
Quand je rentre, elles sont là dans la cuisine et mangent. Rose m'a attendu. C'est la journée avec son papa, sa journée de "fête" normalement ! Mais papa est parti et elle le sait bien. Je vois bien qu'elle sait. Parfois quand j'ouvre les yeux cinq minutes, je m'aperçois comme elle grandit. Comme si j'avais été absent longtemps... alors que je suis là. Juste à côté.
Aujourd'hui, nous avons rendez-vous avec Serge Puech pour le Kimono de papier, puis cet après-midi, nous retraverserons le retour de l'Esprit, ce moment où Atsumori revient pleurer la douleur d'avoir été emporté avant d'avoir pu agir. Juste avant !
Vos mots me manquent... je sais que vous passez. Que certains prennent le temps de lire. Que d'autres me survolent. Mais j'aimerai sentir que vous êtes là. Entendre vos commentaires, vos impressions. Savoir que ce que je construis là n'est pas seulement pour moi, mais résonne au loin.
Allez ! Bonne journée à vous et peut-être à ce soir ou demain... who know's !
07 mai 2008
Relâche !
Ca y est ! Jour de relâche, c'est mercredi...
Le soleil brille fort dans le ciel. On dirait un jour de vacances... et pourtant !
Chaque jour qui passe depuis le début des répétitions m'interdit un peu plus à l'extérieur et à ceux qui m'entourent. Les dates se confondent, le jour, la nuit, la station debout, allongée. Comme plongé dans un monde parallèle qui prend à chaque instant plus de place !
Assis sur une lande glacée face à des milliers de guerriers qui se battent pour survivre, et qui, à présent, dans cet ultime combat, voudraient une dernière fois gouter au plaisir de contempler, assis au pied d'un cerisier, ses fleurs dans l'humidité silencieuse du matin.
Savez-vous comment agit un texte qu'on visite tous les jours et qui se gonfle de chair et de sang à chaque instant un peu plus ? Savez-vous ce que ça fait de se retrouver en face d'un homme mort il y a cinq cent ans et de sentir sur sa joue son souffle ? C'est terrible ! Si puissant et si fragile ! Si vrai !
Comment revenir là après ?
Nous sommes à quinze jours de la représentation. Et la peur et la solitude me submergent comme à chaque fois, me font perdre pied. C'est drôle, non ! J'ai toujours pensé que c'était pour lutter contre ça que je faisais du théâtre, alors qu'en fait, ça les marque un peu plus profondément chaque fois. Comme l'affirmation d'un trait qui me coupera un jour complètement du monde et de ceux qui l'habitent. Trop loin, définitivement trop loin pour pouvoir revenir...
Et comme à chaque fois, les idées se perdent. Je ne sais plus, je ne sais pas. Pourquoi monter ça aujourd'hui ? Comment vous le recevrez ? Comment nous arriverons à vous emmener ou pas ? C'est l'instinct qui revient. Lui sait, lui dicte et chaque jour qui nous rapproche du temps T, un peu plus. C'est toujours un moment très impressionnant, mais qui nous dit bien que le voyage est réellement amorcé.
Aujourd'hui, il nous faut survivre. Assurer chacun de nos pas sur ce chemin jamais parcouru. Trouver de quoi subsister et avancer, coûte que coûte. Et moi, je suis le capitaine. J'ai ces gens qui comptent sur moi et que je dois emmener. Je surveille. J'écoute les regards et les mouvements qui se dessinent dans notre espace. J'essaye de donner les mots qu'ils attendent et de montrer ce dos droit de celui qui pourra les faire traverser quoi qu'il advienne.
Ce n'est pas facile ! Surtout que Marc m'a connu avant, il y a longtemps. Quand j'étais ce bébé d'acteur et qu'il m'a souvent tenu la main pour m'emmener avec lui. Aujourd'hui, les rôles sont inversés et à chaque instant, je dois prouver que je peux être le premier de cordée. Même si je voudrais crier, m'abandonner aux larmes dans leurs bras. Je ne dois pas ! Je leur dois ce regard droit et cette voix qui rassure.
Hier, nous avons atteint avec Gilles, ce point où l'acteur devient le garant de la parole -l'origine et mon dieu, c'était fort et puissant !- ce genre d'instants qui dans la vie d'un acteur le transforme à tout jamais et font de lui un gardien sûr et précieux de notre temple. Marc, lui, s'immerge, chaque jour, un peu plus loin dans l'histoire, avec une pertinence et une virtuosité poétique et sensible.
Bon... la journée est encore longue. Il va me falloir aller trouver les sous, discuter des contrats, mettre en place ce qui autour tient ce frêle navire. Faire l'effort de paraître là.
A vite.
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Le soleil brille fort dans le ciel. On dirait un jour de vacances... et pourtant !
Chaque jour qui passe depuis le début des répétitions m'interdit un peu plus à l'extérieur et à ceux qui m'entourent. Les dates se confondent, le jour, la nuit, la station debout, allongée. Comme plongé dans un monde parallèle qui prend à chaque instant plus de place !
Assis sur une lande glacée face à des milliers de guerriers qui se battent pour survivre, et qui, à présent, dans cet ultime combat, voudraient une dernière fois gouter au plaisir de contempler, assis au pied d'un cerisier, ses fleurs dans l'humidité silencieuse du matin.
Savez-vous comment agit un texte qu'on visite tous les jours et qui se gonfle de chair et de sang à chaque instant un peu plus ? Savez-vous ce que ça fait de se retrouver en face d'un homme mort il y a cinq cent ans et de sentir sur sa joue son souffle ? C'est terrible ! Si puissant et si fragile ! Si vrai !
Comment revenir là après ?
Nous sommes à quinze jours de la représentation. Et la peur et la solitude me submergent comme à chaque fois, me font perdre pied. C'est drôle, non ! J'ai toujours pensé que c'était pour lutter contre ça que je faisais du théâtre, alors qu'en fait, ça les marque un peu plus profondément chaque fois. Comme l'affirmation d'un trait qui me coupera un jour complètement du monde et de ceux qui l'habitent. Trop loin, définitivement trop loin pour pouvoir revenir...
Et comme à chaque fois, les idées se perdent. Je ne sais plus, je ne sais pas. Pourquoi monter ça aujourd'hui ? Comment vous le recevrez ? Comment nous arriverons à vous emmener ou pas ? C'est l'instinct qui revient. Lui sait, lui dicte et chaque jour qui nous rapproche du temps T, un peu plus. C'est toujours un moment très impressionnant, mais qui nous dit bien que le voyage est réellement amorcé.
Aujourd'hui, il nous faut survivre. Assurer chacun de nos pas sur ce chemin jamais parcouru. Trouver de quoi subsister et avancer, coûte que coûte. Et moi, je suis le capitaine. J'ai ces gens qui comptent sur moi et que je dois emmener. Je surveille. J'écoute les regards et les mouvements qui se dessinent dans notre espace. J'essaye de donner les mots qu'ils attendent et de montrer ce dos droit de celui qui pourra les faire traverser quoi qu'il advienne.
Ce n'est pas facile ! Surtout que Marc m'a connu avant, il y a longtemps. Quand j'étais ce bébé d'acteur et qu'il m'a souvent tenu la main pour m'emmener avec lui. Aujourd'hui, les rôles sont inversés et à chaque instant, je dois prouver que je peux être le premier de cordée. Même si je voudrais crier, m'abandonner aux larmes dans leurs bras. Je ne dois pas ! Je leur dois ce regard droit et cette voix qui rassure.
Hier, nous avons atteint avec Gilles, ce point où l'acteur devient le garant de la parole -l'origine et mon dieu, c'était fort et puissant !- ce genre d'instants qui dans la vie d'un acteur le transforme à tout jamais et font de lui un gardien sûr et précieux de notre temple. Marc, lui, s'immerge, chaque jour, un peu plus loin dans l'histoire, avec une pertinence et une virtuosité poétique et sensible.
Bon... la journée est encore longue. Il va me falloir aller trouver les sous, discuter des contrats, mettre en place ce qui autour tient ce frêle navire. Faire l'effort de paraître là.
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