09 avril 2009

Compte rendu du mercredi 8 avril par Anne.

Etaient présents : Aude, Céline, Fleur, Jeanne, Sidney, Antoine-Baptiste, Gaël, Alexandre et leur professeur de théâtre et/ou de français Anne R.

Anne à qui j'ai demandé cette semaine de bien vouloir faire le compte-rendu, elle qui nous suit les mercredi, avec son regard généreux et son sourire qui semble en savoir bien plus qu'elle ne le montre et qui connait si bien cette petite bande.

Place au maître (à la maîtresse, je veux dire... mais maîtresse pour un professeur, ça peut être mal pris) ...

" Alexandre l’a décidé, suite à la séance du mercredi 8 avril : aujourd’hui, c’est le regard extérieur qui a la parole. Le regard qui n’a rien vu des maquillages, qui n’a rien vu des costumes, qui n’a rien vu des premières approches, des premiers balbutiements sur le plateau. Regard un peu déniaisé tout de même par une séance en salle Gérard Philipe la semaine précédente, où Mototsugu avait crié son mécontentement face à l’incapacité de la bande des sept à entrer dans le jeu, à se faire plaisir et, partant, à faire plaisir aux autres. J’avais alors découvert que derrière Alexandre se cachait un dragon non moins redoutable que la dragonne en chef, Ariane Mnouchkine, chez qui il a été formé. Sans cesse, au cours de cette séance, s’étaient superposées à l’image et aux paroles d’Alexandre, celles d’Ariane dans le documentaire Au soleil même la nuit, consacré aux répétitions du Tartuffe.

La séance, cette fois, démarre sous des augures bien différents. Alexandre est bien Alexandre, il sort de chez son ostéopathe, il donne l’impression de flotter un peu, pas de dragon en vue. Chacun entre à sa façon dans le monde du théâtre : concentration immobile, assouplissement, échauffement tonique, et c’est parti… Mise en route de la parole : il s’agit pour Alexandre de rappeler les objectifs, les échéances, la nécessité pour soi-même et les autres de se fixer un contrat…et de s’y tenir. Puis la parole est donnée à la petite bande. Sans doute, comme chez Ariane, chacun s’est-il déjà essayé à différents rôles et a-t-il découvert qu’il était meilleur dans un rôle qui ne lui était, a priori, pas destiné. Alors, maintenant, qui se voit en qui et en qui voit-il les autres ?Tout, ou à peu près, paraît possible. Mais point de Dom Juan à l’horizon… Le rôle doit leur sembler écrasant. Antoine-Baptiste, sans doute, voudrait bien, mais n’est-ce pas un peu prétentieux ? Et puis, il le sait, il est soumis à d’autres contraintes. Céline, elle, est dans l’entre - deux, elle garde une certaine distance dans l’engagement parce que, justement, les engagements, pour elle, sont multiples. Aude et Jeanne se voient et sont vues davantage en Sganarelle et Elvire. Gaël, Sidney et Fleur, se sentent plus fragiles. Bon, Alexandre a noté… la seule certitude semble être Elisabeth en Commandeur dansant. Quant à Dom Juan, ce ne sera peut-être pas un élève…

Tous sur le plateau ! Bref rappel des principes de base du nô, bref essai de pas glissé sur la moquette râpeuse de la salle 137, et en place ! Acte I, fin de la scène 1 et début de la scène 2. Jeanne-Sganarelle assise en avant-scène, Céline-Dom Juan à jardin, attendant de faire son entrée, et l’orchestre à cour, sous la houlette d’Antoine-Baptiste. Des tâtonnements, un certain manque de tenue… Puis le chœur se forme derrière Céline et là, tout d’un coup, il se passe quelque chose : voix du coryphée et voix chorale se répondent, la parole se pose sur le murmure du chœur, nous donnant à entendre la profession de foi du libertin : « Tout le plaisir de l’amour est dans le changement ». A peine le temps de goûter à cette beauté inattendue, à cette musique suspendue dans les airs, et c’est l’heure. La semaine prochaine, je prendrai à nouveau le train Dom Juan en marche, il aura sans doute bien avancé. Où en sera le grand seigneur méchant homme ? En train de promettre le mariage à Charlotte ? De donner un soufflet à Pierrot ? Qui arrêtera celui qui se prend pour Alexandre - le conquérant, bien sûr - ?

Anne R."

06 avril 2009

"Marqué(e)s par le Dragon" et Carnaval de Marseille

Cela fait un petit moment que je n'ai pas pris la parole sur ce blog... mon blog ? Ah oui ;-)

Mais les jeunes écrivent bien et je n'ai pas vraiment la tête à ça.

Alors... petit résumé d'une semaine bien remplie. On en était où... ah oui ! Jeudi. Jeudi, des rendez-vous pour avancer sur "Marqué(e)s par le Dragon" et une voiture qui me lâche en plein Marseille, la maligne. Elle me permettra de rencontrer des gens intéressants et de faire le point sur ce qu'il y a à faire et à porter pour voir ces beaux projets voir le jour. Ce n'est qu'un câble d'embrayage, mais à Marseille, ça devient un embrayage complet. Heureusement, le dépanneur me ramène jusqu'à Bouc Bel Air, dans mon petit Garage Laugier ou Mr Laugier, qui s'occupe de mes déboires de voiture depuis plus de six ans, même s'il fait payer réellement les heures de main d'oeuvres, s'arrange toujours pour faire le maximum avec le minimum. Un vrai grand bonhomme de la mécanique !

Toujours Jeudi, il me faut retouner à Marseille. J'ai rendez-vous dans un salon de thé improbable, Boulevard Longchamps, à la nuit tombée, pour y rencontrer Lu-Ne, une graphiste et "marketeuse" rencontrée sur le net et qui accepte de m'écouter sur la création de "Marqué(e)s par le Dragon". Le salon de thé est une merveille. On laisse ses chaussures à l'entrée et nous voilà déambulant, au milieu du désert, dans du sable fin, jusqu'à notre table. Un recoin chaleureux aux mille coussins. Le thé y est bon. Le café aussi (paraît-il). Deux gars se sont lancés dans cette aventure et ont tout fait eux-même. Ca se sent. Ca respire l'amour à chaque centimètre carré. C'est dépaysant. Et pour "travailler" (Lu-Ne n'aime pas ce mot...) c'est très bien aussi. A découvrir d'urgence. Au 65 (et non 66 ;-)) Boulevard Longchamps à Marseille. Le rendez-vous ? Quel rendez-vous... à oui ! Le rendez-vous avec Lu-Ne était à la hauteur du lieu qu'elle m'a fait découvrir. Très agréable, vivifiant, constructif et en même temps apaisant. Un vrai beau moment !

Vendredi... vendredi... Je ne me souviens plus de vendredi. Je crois... une journée à la maison. Un peu de ménage, quelques avancées sur les dossiers en cours et puis le début de l'écriture des Statuts de "Marqués par le Dragon" avec tout ce qui va autour. C'est que l'Assemblée Constitutive a lieu dimanche et que samedi, je bosse au Carnaval de Marseille... En plus, Elise fête les 80 ans de sa maman le samedi, donc il faut préparer la maison pour cet accueil spécial et précieux. (Il paraît que la fête d'anniv était très belle !)

Samedi... debout à 5 heures et départ pour Marseille. La corniche à cette heure est magnifique. Je suis toujours surpris de voir le peu de temps que je mets pour me rendre là-bas à ces heures où il n'y a pas de circulation. Vingt-cinq minutes quand le soir pour rentrer je mettrai une heure et demie ! C'est une belle journée ensoleillée. Je suis content de retrouver la face technique de l'iceberg. Les gens qui bossent là, je les croise une fois par an, à peu près. Ce sont, pour la plupart, des porteurs de projets grandioses et humains qui comme moi, font ce genre de plans pour pouvoir continuer à avancer sur ce qui les fait vivre.

Le Carnaval de Marseille n'est pas de ceux-là. D'année en année, il s'apauvrit. C'est devenu un défilé où les spectateurs, coincés derrière des barrières vauban, n'ont plus que les appareils photo pour participer. Il y a bien quelques jeunes qui achètent des bombes à serpentins, mais ils ont beau tendre les bras, leurs serpentins, à part, les régisseurs qui sont sur les bords, retombent dans le vide, la plupart du temps. Je mesure comme en ce jour de fête, il y a peu de bonheur réel. On fait semblant. On se dit que. Mais c'est morne. Morne à mourir. Si, il y a quand même quelques compagnies qui essayent de jouer le jeu. De mettre en place quelque chose de vrai, de porté (Manu, resp du 11/12 par exemple), mais ils se font broyer par cette grosse machine à mensonge. Le défilé devait durer une heure, il n'en durera qu'une demie-heure, achevant les bonnes âmes qui avaient tenter de construire quelque chose pour ces publics... Il est dix-neuf heures. Je rentre chez moi. J'ai perdu quelque chose encore aujourd'hui. Je me dis que la tâche ne sera pas aisée. Qu'il faudra leur faire violence pour les emmener ailleurs, mais que de toute évidence, ils n'iront pas d'eux-même. Comme quelqu'un qui aurait mangé Mac Do depuis trop longtemps et à qui on voudrait faire goûter juste du riz légèrement assaisonné. Non ! Ca risque d'être bien plus difficile que je ne l'avais imaginé.

Dimanche... Dimanche, je me lève encore plein du poids de la veille. Je m'installe à l'ordi et je commence à faire l'architecture du site "Marqué(e)s par le Dragon". Les autres (Fred, Laura, Esther) arrivent à 18 heures pour la réunion constitutive. J'ai quelques jolis mails dans ma boîte, une fille qui aimerait bien voir son père levé le nez de l'écran, un Simon tout mignon qui s'occupe comme un frère (qu'il est) de sa soeur, une Jeanne affairée et que je sens avancer sur la bonne voie, une amoureuse, Elisabeth qui travaille aussi sur les statuts. Et puis, c'est l'heure. On attaque la réunion. On fait un point sur les avancées (elles sont nombreuses). On peaufine les statuts. On se choisit mutuellement, on vote, on signe. Il est 23h30. Je suis devenu Président de cette association qui j'espère aura la force de faire le travail titanesque qu'elle se propose de faire. Accompagné de Fred à la trésorerie et de Laura comme Secrétaire. Esther et Elise, elles sont au CA. Nous sommes cinq membres fondateurs. Et nous sommes plein d'espoir et de sommeil. Tout le monde rentre se coucher. Il me faut, avant de les rejoindre, faire un rapide tour au Japon pour régler quelques histoires pour mon stage avec Maître Udaka, j'envoie à Thomas, Lu-ne et Sway le "synopsis" du site des "Marqué(e)s" pour qu'ils m'y collent des couleurs, des odeurs, de la vie. Et c'est avec Chouang Tseu que je vais me coucher. Ce vilain qui m'emmène chaque soir un peu plus loin de vous, un peu plus près de moi. C'est mon père qui m'avait fait découvrir ce philosophe chinois en me disant que c'était le plus grand auteur de tous les temps. A l'époque, j'avais opiné, acheté ses oeuvres et... rien compris ;-). Aujourd'hui, sa voix commence à résonner en moi. C'est assez délicieux. Il est deux heures... rideau et rêves.

Voilà.

Je reviendrai vite vous expliquer le rôle de "Marqué(e)s par le Dragon", vous dire en quoi vous pourrez aider et ce qu'on attend de vous tous. En attendant, je vais finir mon café et me remettre au travail.

A très vite.

02 avril 2009

1er Avril. 1er Compte rendu de la "Moche"

Présents : Jeanne, Céline, Sidney, Gaël, Antoine-Baptiste, Anne, Alexandre, Aude.

« Et bientôt nous devrons endosser notre costume,
Le costume qui fait de nous d’autres,
Des personnages aux traits marqués,
A la situation bien différenciée,
Et bientôt nous devrons entrer »

Mercredi 1 avril.

Ce n’est pas une blague ; nous nous réunissons en salle Gérard Philippe. Malgré l’absence de Fleur (qui échappera au courroux du Maître de Nô) nous débutons la séance. Alex (encore pour l’instant l’homme que l’on connaît) nous propose un jeu : Nous sommes au 14ème siècle et notre vénérable troupe de théâtre vient au Japon pour jouer Dom Juan sous la tutelle et la pression de l’empereur. Nous avons 10minutes pour trouver nos personnages : ceux que nous allons jouer dans la pièce mais aussi ceux que nous sommes, à savoir des hommes de dizaines de siècles passés. Pourquoi personne ne veut faire Dom Juan ? Attendez ! Moi non plus je ne me sens pas la responsabilité d’assumer un tel rôle. Je n’en suis pas capable… Mais trop tard, déjà les rôles sont définis (plus ou moins aléatoirement) et Alexandre devenu pour l'occasion grand Maître de Nô entre en scène. Son impressionnante démarche nous glace. Pas le temps de penser, nous entrons en scène. Acte 1 scène 2. Sganarelle et Dom Juan. Nous ne comprenons pas un traître mot de ce que nous explique le maître de Nô, mais faisons moult efforts pour nous plier à ses exigences. Pas assez apparemment. Le Maître se plonge dans une colère noire et s’agite en tous sens : Nous sommes mauvais. Pour m’aider à ma tache, il fait venir à ma rescousse deux de mes camarades (à savoir Antoine Baptiste et Gaël pour revenir à la réalité). Là non plus nous ne satisfaisons pas notre examinateur. Je me démène tant bien que mal (surtout mal d’ailleurs) pour exécuter ses consignes. Nous faisons tous ce que nous pouvons, notre travail restant médiocre, voire très insuffisant. Les efforts que nous fournissons et l’implication que nous mettons dans ce jeu ne sont pas assez profonds.
Lorsque nous entendons, au milieu d’une réplique « C’est bon, stop on arrête ! » nous savons que les retours ne seront pas des meilleurs. Et cette fois ce n’est pas Le Maître de Nô qui s’emporte, c’est bel et bien Alexandre. Ce qui fait d’autant plus réfléchir. Nous sommes mauvais, pas assez impliqués …Bref c’est le sentiment de déception que nous invoquons à notre metteur en scène. Quelques bafouilles pourtant, certains osent -un peu- dire des choses mais la colère est encore trop présente pour que nous puissions exprimer notre point de vue. De toute évidence, nous sommes d’accord, nous étions mauvais.

Petite pause clope pour certains, petite réflexion pour les autres et nous nous attelons à notre dur labeur. Même scène, mais abandon dudit jeu. Céline et Gaël en scène. « Non Gaël arrête de réfléchir » « Si ça vient pas, ça vient pas » « Ecoute la ! ». Toute forme orientale est abandonnée, nous revenons à des bases connues. Le jeu bien de chez nous. Mais là encore la perfection n’est pas au rendez vous. Avec notons le, une amélioration du jeu de Gaël.

Mesdames et Messieurs, nous descendons de la navette spatiale. Nous sommes arrivés à (bon) port. Veuillez ne pas vous précipiter vers la sortie et conserver votre calme. Nous nous retrouverons, pour certains le week-end qui vient, pour d’autres mercredi prochain. Nous espérons que vous avez effectué un agréable voyage et que celui-ci a été enrichissant. Nous vous souhaitons une très bonne fin de journée, ainsi qu’une bonne nuit.

Bien à vous Camarades.

Naserian (alias Aude.)

31 mars 2009

Il y aurait dû... Ou comment on en arrive à Ivry Gitlis

Il y aurait dû avoir les mots d'un jeune homme ce soir à la place de ceux-là...

Et moi j'aurais pu aller me coucher sans avoir à passer par là.

Du coup, je ne résiste pas à vous faire partager ce petit film... il y a quelques moments vraiment beaux. Pas au tout début, mais assez vite finalement.

Ce grand monsieur : Ivry Gitlis qui disait "Vivre, c'est travailler"... et qui, dans tout ce qu'il a fait, avait cette simplicité et cette humilité, cette générosité fait ici, jouer des enfants. Et effectivement, c'est "mieux que Boulez" (si, si vous verrez ;-) et vous savez combien j'abhorre la démagogie ! ) Un film qui peut faire du bien à certains musiciens...

Le plaisir, le plaisir et le partage, mesdames et messieurs !

Bon visionnage !

30 mars 2009

29 mars 2009... La Plume de l'Ange

Présents : Alexandre, Antoine-Baptiste et Fleur.... (et Rose... et en plus on met les filles en premier quand on est bien élevé... soit : Fleur, Rose, Antoine-Baptiste et Alexandre - NDLR)

Après s’être assoupie la veille au soir devant un film muet très inspirant d’Ozu Yazujirô, "Histoire d’Herbes Flottantes", relatant les aventures d’une troupe japonaise itinérante, le reste de notre petite troupe se réveille en douceur, profitant d’une grasse matinée accordée par Alexandre.

Gaël et Jane s’en vont (Ils nous abandonnennnnnnt, oui ! ;-)NDLR) sous un ciel grisonnant, tandis que nous nous rendons, accompagnés de Rose, au Studio du Soleil. Notre petit nombre ne nous permettant pas de travailler une nouvelle scène de "Dom Juan", Alexandre a décidé de faire travailler Antoine sur sa proposition pour l’épreuve de théâtre du baccalauréat (qui approche à grands pas).

J’apprends que le texte choisi est de Claude Nougaro, "La plume de l’Ange", mais Alexandre me retient expressément lorsque je m’apprête à en lire les premières lignes, me rappelant qu’il sera plus agréable de le découvrir lors de la prestation d’Antoine. Celui-ci s’applique justement à se détendre et à se relaxer en effectuant quelques mouvements au préalable. Notre metteur en scène en fait autant afin d’être à l’écoute de l’apprenti acteur qui va tenter de nous faire voyager au « pays du trop ».

Antoine doit jouer un homme devenu fou, qui s’adresse à un lampadaire dans un asile psychiatrique, persuadé que ce dernier est un être humain en chair et en os. Son but est de parvenir à lui raconter sa rencontre avec un ange, qui après lui avoir donné une de ses plumes, a prétendu qu’il suffirait qu’un homme croie en la véracité de cette histoire pour que ce « monde malheureux » se transforme en un « monde de joie ». Antoine s’avance sur scène pour un premier essai, s’en suit un deuxième, puis un troisième, mais ça ne prend pas. Il semble y croire, mais décroche soudainement des visions qu’il veut nous faire partager, laissant place à l’acteur qui se dévoile en même temps qu’il dévoile son texte. La magie du lien entre le spectateur et celui qui joue disparaît. Antoine en a conscience, mais continue cependant d’écouter son intellect (avec peut-être d’autres préoccupations en tête) alors qu’il devrait se recentrer, et simplement écouter le va et viens de son souffle, afin de laisser le personnage s’emparer de lui, le guider.

Nous décidons de faire une pause. Alexandre propose à Antoine, qui se montre plutôt récalcitrant, de jouer la scène. Ce qu’il fait, après s’être muni d’un bout de costume et d’une plume en papier, afin d’appuyer concrètement son personnage.

Il joue. Antoine et moi observons, et nous laissons transporter.

Un ange apparaît, une rue, une petite fille, un vieux noyer féru de métaphysique… La magie opère.

Finalement, nous descendons délicatement de cet espace-temps indescriptible (sinon que c’est « trop » ☺) et faisons chacun part de nos impressions. Alexandre nous fait part de ses sensations d’acteur, les endroits qu’il a vraiment vu et les autres (parce que lui aussi à « ses autres » moments. Si. Si. NDLR) Son expérience en la matière se sent, et il était étonnant pour nous de le voir jouer pour la première fois. Cependant, Antoine glisse que la prestation l’a inspiré, mais qu’il voit les choses se dérouler autrement.

Nous sortons profiter d’une bouffée d’air frais (et humide… il pleut), et terminons par un petit débat traitant de l’humilité, de l’enrichissement personnel intérieur que peut apporter le théâtre lorsqu’on « trop trop joue », et du plaisir de se laisser « guider » nécessaire à cette pratique.

Conclusion : soyons d’éternels élèves, la vie est un véritable apprentissage, et apprenons à écouter notre cœur d’enfant. ;-)

Il est tard, faites de beaux rêves aventureux, en or, en argent, de toutes les couleurs.

Fleur.

29 mars 2009

Séance du Samedi 28 mars 2009

Présents : Fleur, Aude, Jeanne, Gaël et Céline

Samedi pluvieux, mariage heureux pour les uns et répétition active pour les autres.
Après un petit dej, une passagère récupérée sur le bord de la route et une petite fleur au pied de notre soleil (le Studio du Soleil - NDLR ) nous pouvons débuter la séance.

Le soleil n’a toujours pas pointé son nez, mais les lumières le remplaceront rapidement. Pour commencer cette journée comme il se doit pour notre petite troupe en construction, il nous faut nous maquiller. Pas facile pour tout le monde, mais nous avons eu une grande surprise (la moche tu nous avais caché ça, tu es déjà une pro du maquillage). Donc, pendant que certains se transforment en jeune ou vieil homme, d’autres font comme ils peuvent et arrivent au mieux à ressembler à une espèce de chat. Mais ne perdons pas espoir, le maquillage s’apprend, cela viendra petit à petit, enfin nous l’espérons.

Avant toute chose, il faut savoir respecter des règles qui sont comme « le code de la route » du théâtre (moi, je dirai du comédien ;-)- NDLR) :

1. Savoir qui nous jouons. D’où il vient, l’âge, les qualités physiques, le métier, les passions…

2. Savoir d’où il vient et où il va.

3. Choisir en fonction, l’état dans lequel il est. (énervé, fatigué…)

4. Avoir un projet, un objectif : ce qui le pousse à venir sur scène, ce qu’il vient y faire.

5. Y croire et le laisser exister vraiment, dès le premier instant (avant de faire l’acte d’entrer en scène) en écoutant. Son personnage, son état, le lieu dans lequel on entre, son partenaire, son texte, les accidents. Tout, tout, tout, tout ! NDLR

Une fois la transformation « achevée », il est temps d’aller déjeuner, repas gastronomique (pâtes, fromage et gâteau à la pomme).

14 heures, il faut y retourner, la troupe doit maintenant s’habiller avec les précieux costumes (prêtés par le Théâtre du Soleil - NDLR). Nous sommes prêts à commencer le travail. Première étape importante, l’acte 1 et, plus précisément, la scène 1 de l’acte 1. Tour à tour, la petite troupe incarne les personnages de Sganarelle et Guzman.

Aude et Jeanne filent sur scène, l’éloge du tabac se transforme en véritable supplice pour Sganarelle tandis que Guzman fait une arrivée fracassante, pris de panique . Attention, il ne faut pas oublier que nous (La mauvaise petite troupe de Nô qui joue "Dom Juan" - NDLR) nous présentons devant l’empereur et ses samouraïs, ce n’est pas le moment de craquer, le pauvre petit acteur se sent dépassé, il sombre… Pas question de faire mauvaise figure devant l’empereur, c’est à Sganarelle de reprendre les rênes.

Reprenons à nouveau cette scène, mais cette fois Fleur sera Guzman et je serai Sganarelle. « Tu devrais peut-être essayer d’être Don Elvire déguisée en valet. » Voilà, la tonalité est prise, entre les pleurs d’une femme désespérée et un Guzman désemparé.

Gaël monte à son tour sur scène, mais le temps est limité, il nous faut être rentré avant 18h au mas (Ils vont tous au Théâtre ce soir-là, sauf Gaël – NDLR). Vite, vite ! « NON ! J’ai perdu ma bague derrière le chauffage ». Trop tard, nous sommes en retard… C’est bon, nous y sommes, mais ce n’est pas fini, il faut maintenant partir sur Aix.

Allez au revoir à Mercredi….

Céline.

28 mars 2009

Le temps...


Hier soir, les "jeunes" ont commencé à arriver pour notre premier week-end "Dom Juan". La maison, comme elle sait si bien le faire, a commencé à vibrer de cette vibration si particulière. Elle a rempli ses poumons vieux de cent cinquante ans de ces rires, ces mots dits un peu trop forts (quand on est nombreux, avez-vous déjà remarqué comment la voix sort de sa cachette et comme quand on retourne au silence, les oreilles sifflent ?;-)), de ces destins à peine entamés, de ces histoires de passage. Elle n'a pas peur de cela. Elle a ces murs épais qui protègent, l'été, de la chaleur étouffante et l'hiver, du froid (enfin presque... si, si). Elle a vu, entendu, reçu tant de choses... elle ne va pas "s'émouvoir pour si peu ! "alors encore une fois elle remplit ses poumons. Elle aspire la musique qui se joue, les sourires qui se donnent. Elle accueille même ceux qui veulent le silence et a tranquillité. Elle a la place.Et elle souffle, doucement, de ce souffle imperceptible que certains d'entre nous savent pressentir, mais qui ne se donne pas pour ça. Elle souffle tout cela au centuple. Sans compter. Sans s'inquiéter de ce qui lui restera. Elle souffle ce petit souffle centenaire qu'elle a toujours soufflé. Juste ça ! Juste là ! et les rires qui tintaient dans la cuisine arrivent au pied de la cheminée et vous poussent à ne pas relâcher l'attention.

C'est qu'hier, en plus de cette arrivée, en plus de ces amis, ces partenaires, il y avait au Mas, une réunion. En petit commité, avec Laura et Elise. Laura est la nouvelle administratrice de la Compagnie et de ce lieu de théâtre en gestation qui verra le jour bientôt (promis dans le courant de la semaine, je vous en parle). Et devant nos ordinateurs, sous le regard d'Hannya qui maintenant m'accompagne tous les jours, nous avons continué à dessiner ce rêve jusqu'à une heure avancée. Insistant sur les zones d'ombres, les flous artistiques. Pour que cette maison qui nous a accueilli puisse voir le jour ailleurs, en plus grand (et oui 1000 personnes dans la maison tous les soirs, ça, elle ne le supporterait pas ! ).

Et en discutant, en cherchant comment expliquer dehors, ce qui, pour nous, dedans, semble si évident, il a fallu chercher des mots, encore des mots. Les plus justes, les plus simples. Et ce n'est pas une tâche aisée. Mais dieu que c'est intéressant et riche... et c'est dans l'épuisement de cette noble tâche que m'est apparu le mot fondamental, celui pour lequel je me bats depuis que j'ai rencontré le Théâtre du Soleil, celui que j'ai même sûrement rencontré avant cela, quand j'étais un élève de cette alternative à l'école : "La Maison des Enfants" (tiens, il faudra que je la rajoute à mon Arbre, celle là !) et que je tiens à défendre dans chaque acte, à porter dans chaque pas, à laisser vivre dans chaque moment : LE TEMPS !

Oui, le temps. Prendre le temps. Avoir du temps. Se donner le temps. Le temps vrai de la maturation. Le temps juste et nécessaire qui permet à l'homme de comprendre que son temps à lui ne dure qu'une seconde dans la valse du temps universel, dans l'échelle temporelle de l'humanité. Comment le mesurer si l'on ne décélère pas de temps en temps ? Avez-vous déjà vu le champ de vision de l'homme lancé dans un véhicule à 180 km/h (je vais vous chercher une image... sinon, on trouve ce schéma dans le "Code de la Route") ? Il devient dramatiquement étroit. Et si, c'est normal et nécessaire parfois, il faut savoir ramener les machines au ralenti. Pour regarder les fleurs s'épanouir. Pour contempler les étoiles. Même si l'on doit se forcer, s'obliger. Pour essayer de reprendre la mesure du temps.

Bon... la le temps file trop vite et nous allons devoir partir en répétitions. Nous en reparlerons maintenant que j'ai retrouvé le mot... (merci Maman !;-)) Mais là, il est temps pour moi de me préparer. De me mettre au diapason de cette équipe et de ce voyage que nous nous apprétons à faire au côté de "Dom Juan" et de son valet "Sganarelle". Ils viendront vous en parler ce soir.

Belle journée à vous. Et essayez, essayez de prendre quelques minutes à votre train. Pour sentir, ressentir... vivre ! Grandir ! Aimer...

A vite ! ;-)

27 mars 2009

« Un cœur honnête peut faire fleurir une pierre »

« Un cœur honnête peut faire fleurir une pierre »

- Qu’est-ce que tu dis papa ! Une pierre, ça ne fleurit pas !

Une pierre, ça ne fleurit pas.
Non, on peut l’imaginer… On peut, à l’aide d’un pinceau et de quelques couleurs la dessiner cette fleur ! On peut la faire éclore avec des mots choisis, cherchés, traversés. Ou bien la raconter. Pourvu que tu y crois. Pourvu que moi j’y crois. Je veux y croire ! Je dois y croire ! C’est là le seul devoir de mon métier…

Bien sûr, ce n’est pas le chemin de chacun. Heureusement. Parce qu’il est plus important d’avoir un bol de soupe dans son assiette le soir qu’une pierre fleurie. Parce qu’un mot ne remplacera jamais un lit, ni le chauffage, ni l’eau, ni les morts, ni la folie, ni la violence.

Je me souviens. C’était en 2003. Premier incident pour notre statut d’intermittent. Il fallait travailler 507 heures en dix mois et demi à la place de douze ! J’étais outré, je voulais me battre et faire entendre au monde la nécessité de nous sauver. J’étais plus jeune… J’avais oublié que notre ministère de la Culture n’avait que 50 ans…

Je me souviens d’un homme, un bel homme qui flânait dans les rues de Salon-de-Provence, ce fameux samedi. Je lui avais sauté dessus, l’agressant presque pour qu’il signe une pétition, sûr de ce que j’avançais. Je me souviens son regard et ses mâchoires qui, d’un coup se crispèrent. Lui, l’ouvrier, lui qui travaillait huit heures par jour à faire tourner des boulons et qui finissait le mois avec sept cent euros sous le regard en biais de ses enfants qui n’osaient pas dire à leurs copains le métier de papa ; lui, il fallait que, pour son seul jour de repos, au bras de sa femme, en cette belle journée de printemps, il supporte mon petit problème comme si c’était le sien ?! Comme j’ai eu honte quand j’ai compris ce que ses yeux me disaient ! Vraiment honte. De m’être laissé égaré à ce point. D’avoir oublié que ni Shakespeare, ni Molière n’avait eu autant que je n’avais jamais eu et que jamais, non, jamais cela ne les avait empêchés d’œuvrer. Avec patience, humilité et ferveur.

Alors, j’ai laissé à ceux qui étaient convaincus le soin de continuer la lutte et je suis retourné m’enfermer dans ma chambre noire. J’ai œuvré et œuvré pour comprendre pourquoi nous avions perdu le chemin. N’avions-nous pas été de tout temps des parias, des même pas humains ? Nous qui vivions d’aumône et de la bonté de grands hommes riches et généreux qui s’amusaient de notre capacité à nous courber bien bas devant eux.

On ne porte pas ce que l’on porte pour être au devant de la scène. Cela est le résultat d’une belle et juste initiative qui, comme toutes avant elle, a été salie à la première heure, avant de dégénérer. Tuant des artistes par millier. Les mettant au même endroit que les autres ! Ce n’est pas que les autres soient mauvais ou bêtes. Non ! Mais garder son cœur ouvert pour tout ceux qui ne le peuvent pas est un travail de chaque instant et qui ne supporte aucun détour ! Nous devons apprendre à manger des cailloux accommodés d’un peu d’eau de rivière et supporter le goût des chairs sanglantes au fond de la gorge sans crier, sinon comment mesurer le prix qu’ils payent, eux, qui font tourner le monde ?

Bien sûr, nous sommes nécessaires. Bien sûr, ils ont besoin de nous. De ces instants où ils peuvent s’extraire de la chaîne du monde pour se retrouver, enfants oubliés. Ils ne demandent que ça : de pouvoir confier à des gardiens leur cœur d’enfant. Qu’ils puissent à l’aube de leur quatre-vingt ans le retrouver, ce précieux qu’ils ont été obligé de lâcher en route pour survivre.

Ils brûlent leur âme, ils brûlent leur amour, leur être tout entier pour nous nourrir et nous nous devrions juste jouir ?!.

Je vous en conjure. Pour tout ceux qui meurent chaque jour, revenons à nos places. Acceptons de payer le prix, nous aussi. Acceptons notre rôle. Parce que plus que jamais ils ont besoin de nous. Pas de moi, ni de toi, mais de ces gardiens de leur humanité. Et cela, nous sommes les seuls à pouvoir le porter. Pour eux, nous nous le devons.
A chaque guerre, à chaque mort, à chaque insulte qui fuse, nous, les artistes, nous devons accepter d’en porter la responsabilité plus qu’aucun autre.

Parce que si nous faisions notre travail, cela ne serait pas. Oui, ne serait pas. A-t-on déjà vu des gardiens jouer les stars, vouloir signer des autographes et se vanter d’avoir peint tout De Vinci ?

Je suis désolé de dire cela, vraiment. Mais si nous ne nous remettons pas en question, nous, qui le fera alors. Qui dans le monde le fera ?

Je pense à Rose qui ce soir a blessé une copine pour se joindre au groupe. A blesser son petit cœur pour se mettre avec les autres. Si moi, son père, je ne me bats pas pour qu’elle puisse le retrouver quand elle le voudra, moi, le soit disant artiste… qui dans le monde le fera ?

- Dis Papa, c’est vrai que « Un cœur honnête peut faire fleurir une pierre », pas vrai ?!

Bien sûr, mon amour… dès que tu voudras le voir, le croire, je te le montrerai. Je te le promets. Même si c’est dans cinquante ans ! ;-)

26 mars 2009

Compte rendu de mercredi 25. La séance fut courte mais nous n'étions pas pour autant des loutres.

Étaient présents : Aude, Gaël, Antoine, Jeanne, Alexandre.

"
Je prends tout,
Je trop trop joue.
Mangeuse de ce qu'ils donnent.
Ici on pense avec le ventre et je souris à l'intérieur comme d'habitude.
J'ai leurs vitaux sur le dos.
Parce que j'ai la possibilité d'être traversé par..."

Jeanne F.


Quoi de mieux après un début de semaine au vent froid
qu'un bon quart d'heure d'étirements et d'assouplissements en petit comité
sur une moquette grisâtre de poussière et de déchets scolaires ?
Pour "clore le début de séance", on enchaine sur quelques mouvements
d'aïkido, nécessaires pour se plonger dans l'univers japonais.
Deux par deux, nous sommes face à face et l'un tient les poignets de l'autre.
On renverse son partenaire dans un simple mouvement sûr et concentré pour qu'il se retrouve dos sur le sol.

Se servir de la force de ses doigts comme de la lame d'un sabre,
Et se repositionner dans la même énergie tout en gardant ce flux
dans l'esprit.

Difficile d'expliquer clairement le déroulement du mouvement.
Mais cet exercice est aussi utile pour finir de s'étirer dans cette forme de danse martial.

Au hasard d'un déplacement et de l'idée des techniques du théâtre Nô,
nous avons gouté, un fragment de seconde, à ce que doit être l'art de marcher sur cette Scène Ancestrale.

Ensuite, nous nous sommes mis en cercle et avons pris possession des livres qu'Alexandre avait mis à notre disposition. Ces livres se composaient principalement de grandes pages blanches où, sur la surface, une petite phrase poétique écrite en calligraphie japonaise s'étalait, avec traduction s'il vous plait :

Des Haiku de Buson, Issa et Bashô.

Chacun à son tour, après avoir pris le temps qu'il fallait pour retourner tous les mots dans sa tête, échapper à toute forme de pollution extérieure, à notre cocon, pour n'avoir que la mission divine de l'acteur à accomplir,

Celle-ci étant, cette fois-ci, d'illustrer corporellement et de façon claire et simple, ces petites phrases pleines de sens. Faire de notre corps un trait souple et léger tel celui d'un pinceau sur la feuille de riz.

La séance se termine déjà. Alexandre nous lit un extrait de la réécriture qu'il a faite du Dit Des Heike.

Et là, place au rêve et à l'imagination.

Et rien que l'énumération de ces nombreux noms japonais est un voyage.

Faute de temps, nous remettons à la semaine prochaine la suite : le récit sur scène de l'histoire du Sire de Kiso avec les mots improvisés et désordonnés de la mauvaise troupe de Nô que nous formons désormais.

La relativité du temps n'a pas joué en notre faveur. Ce fut court. Ce fut trop court. "

Antoine-Baptiste et Jeanne, le 25 mars 2009.

Epaules tendues et TGV

Les projets se multiplient, les axes s'élargissent, s'ouvrent... à l'infini. Et moi au milieu, je cherche dans un navire lancé à 320 km à l'heure à regarder autour, à garder l'oeil ouvert, généreux. Mais je n'y arrive pas ! Et ceux qui ont le malheur de croiser ma route dans le sens latéral se trouvent coupés en deux. Littéralement...

Que faire ?

Où sont les co-pilotes ?! Moi, j'ai mal aux épaules et le coeur déchiré. Il ne faut pas ralentir, je le sens bien. Mais j'ai besoin de pouvoir laisser le volant quelques instants. De respirer la corolle d'une fleur et de verser les larmes pour ceux perdus en route. De marcher un peu en regardant le ciel, de mettre un petit tas d'herbes en boule et de m'en faire un oreiller pour dormir quelques instants sous les étoiles du ciel.

Mais je ne peux pas. Et je sens bien que si je freine, si je pose la voiture au bord de la route, ce Théâtre de Grande Valeur, la machine ne repartira pas. Elle ne marche pas avec un moteur, non. Elle n'a pas d'organe autonome. Elle a atteint cette vitesse par les rencontres et par les rêves. Par le pouvoir du temps et l'instant. Et la tortue nous l'a bien montré : une fois partie, elle va jusqu'à la ligne d'arrivée. Sans se laisser détourner. Avec humilité, naïveté, ferveur. Mais elle y va !

Alors, je continue. Je me mets des baffes. Et quand la ligne est droite, j'essaye de me concentrer sur ma respiration pour détendre mes muscles tendus de fatigue, tendus de nerfs, tendus d'effroi. Je mets de la musique dans le poste et je chante à tue tête pour endormir les tensions, pour oublier la douleur de la perte et de la solitude.

Oh, vous ! Si vous savez entrer dans un véhicule lancé à 320 km à l'heure et que vous avez quelques instants à perdre ou à donner, n'hésitez pas, entrez ! J'ai tant besoin de vous.

Belle journée à vous.

Et à la prochaine étape...

Car quoi qu'il advienne, je mènerai mon TGV jusque là. Quoi qu'il advienne, quoi qu'il m'en coûte...